Les Halles,
piste improvisée
Chaque vendredi, des
danseurs hip-hop continuent de se réunir place de La Rotonde,
dans le prolongement de la Place Carrée.
Les répétitions commencent en début de soirée
et s’achèvent au milieu de la nuit.
ême
si on peut les apercevoir toutes les semaines, ce n’est pas un
vendredi comme les autres. Ce soir, ils sont plus de 50 danseurs de
hip hop, dit breakers, à avoir investi la place de la Rotonde,
à l’entrée de la piscine du Châtelet. Et ils
ne sont pas là par hasard. Le rendez vous de ce week-end est
incontournable.
La quatrième édition du Battle Pro de Chelles réunira
les meilleurs danseurs de l’hexagone voire du monde qui s’affronteront
à l’amiable sur des rythmes endiablés. Comme Gaël,
ils sont nombreux à peaufiner leur dernière innovation
aux Halles, sous les rythmes de cinq postes cassettes.
«On vient ici parce que la surface est parfaite pour la danse
au sol, mais aussi parce qu’on ne dispose pas toujours de salle»,
explique le jeune homme de 23 ans. Ils investissent également
d’autres lieux dans la capitale, comme la Gare de Lyon ou la Gare
du Nord. Cette année, Gaël monte et pratique le break sur
Paris toutes les deux semaines, pour ne pas compromettre la réussite
de son BTS en action commerciale. «La réussite scolaire
passe avant tout, mais c’est une vraie passion. Comme la plupart
des gens, je viens aussi pour prendre ma dose de son. Aujourd’hui,
j’ai les genoux en compote, alors j’en fait pas trop»,
confie-t-il.
Un art né dans la rue
et qui s’exprime dans la rue
Les salles de danse improvisées sont désertées
vers une heure du matin, avec le départ des derniers trains de
banlieue. Car la majorité d’entre eux sont des habitants
de la petite et grande couronne. Gaël vit, lui, à Antony.
Il fait partie des anciens et a connu les prémisses du break
à Châtelet, il y a plus de 5 ans. «Il y a quelques
années, toute la place et les allées autour étaient
blindées. Il fallait se battre pour trouver de l’espace.»
Mais, aujourd’hui, certains bons danseurs sont réticents
à s’entraîner aux Halles. La raison est simple :
comme le confirme de nombreux habitués, certains danseurs regardent
et reproduisent exactement les passages des autres breakers. L’activité
souffre donc d’un manque de créativité. On retrouve
les mêmes gestes et techniques dans les compétitions du
week end car les danseurs franciliens s’y rassemblent tous.
Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait penser,
le pompage, comme on l’appelle ici, n’affaiblit pas le niveau
du break. En effet, les français figurent parmi les meilleurs
au monde, et à Chelles, ce sont des Lyonnais qui vont remettre
leur titre en jeu.
Contrairement aux autres formes de la culture hip hop, le break se porte
bien. «Des groupes se forment et de plus en plus de tournois s’organisent,
affirme Gaël. Mais le tag est menacé. La RATP a porté
plainte contre un magazine pour incitation à la dégradation
car il publiait des photos de trains taggés. C’est un délire.
De son côté, le rap est pourri par l’argent, et on
voit un nouveau chanteur par semaine.»
Les breakeurs se réjouissent d’avoir pu conserver la valeur
de base du hip hop: un art né dans la rue. Et qu’ils peuvent
continuer à pratiquer dans la rue. Malgré les nouvelles
lois concernant l’occupation des lieux publics, les breakers sont
rarement expulser de la place de la Rotonde. «Quand cela arrive,
il n’y a aucune animosité avec les forces de police, explique
Gaël. Ils nous disent de sortir et on s’exécute. On
ne veut pas déranger ou être critiqué. On fait ça
entre nous, tant mieux si ça plaît.»
Matthieu
Brelle-Andrade