Chauffeur
de bus de 1h30 à 6h
Xavier R., 43 ans, est
machiniste depuis quinze ans à la RATP.
Marié et père de deux enfants, il travaille de jour comme
de nuit,
et ne se plaint pas.
inuit
: départ du dépôt de Saint Maur en direction de
Châtelet les Halles. Comme à son habitude, Xavier R. est
au volant du noctambus reliant Châtelet à Nogent le Perreux.
Il prendra son départ à 1h30 comme toutes les lignes de
noctambus. Elles sont dix-huit au total, et se répartissent dans
Paris comme une toile d’araignée jusqu’à 6h
du matin.
1h20 : le bus est garé, il est presque plein. En attendant le
départ, le chauffeur discute avec un agent de sécurité
de la RATP en fumant une dernière cigarette. Dans le bus, la
radio, située juste au dessus de la place du chauffeur, annonce
qu’elle restera à la disposition du conducteur durant toute
la nuit en cas de problème. Il est maintenant une heure et demi.
Xavier R., qui a déjà travaillé deux heures dans
la matinée, est reparti pour un tour. «C’est financièrement
plus rentable de travailler la nuit mais les conditions ne sont pas
les mêmes. Il faut être plus vigilant car les risques sont
plus importants, mais je n’ai jamais été agressé
en quinze ans de carrière !»
«Une clientèle
différente»
Xavier R. considère que son métier n’est pas à
risque. La ligne H, selon lui, est une bonne ligne, moins exposée
que d’autres. «La nuit, la clientèle est différente.
En semaine, ce sont essentiellement des gens qui finissent de travailler,
comme les restaurateurs, cuisiniers ou encore barmen. En revanche, le
week-end, ce sont plutôt des gens qui sortent dans les boîtes
de nuit et qui préfèrent prendre le bus à cause
de l’augmentation des contrôles de police sur l’alcoolémie
au volant. Il ne faut pas cataloguer ces gens là. C’est
pas parce qu’ils sortent qu’ils sont dangereux», explique
le chauffeur.
En cas de problème, Xavier R. possède une alarme discrète
qui le relie directement à une voiture de police. «Il y
a une voiture de sécurité qui, par l’intermédiaire
d’un écran satellite, est capable de nous situer très
rapidement. Il m’est arrivé de l’utiliser mais ce
n’était pas pour moi. C’était pour la sécurité
des voyageurs»
Une personne vient de rentrer dans le bus. Un habitué, sûrement,
car il salue amicalement le chauffeur. L’atmosphère est
étrange, les gens sont calmes, fatigués sans doute. A
l’arrière du bus, deux sourds muets semblent agités.
Attirant tous les regards, ils donnent, par leurs grands gestes, l’impression
de se disputer. Mais ce n’est qu’une supposition!
Gérer la vie de famille
Xavier R. aime son métier. Il apprécie de faire des rencontres
et de parler avec les gens : «Même si je suis concentré
sur la route, j’écoute les discussions et je ressens l’ambiance
comme si j’étais un passager.» Malgré les
apparences, il avoue que ce n’est pas tous les jours facile. «La
vie de famille est très difficile à gérer. Je dors
encore quand mes enfants partent à l’école, et quand
ils rentrent, je pars travailler. Mais je dois faire vivre ma famille.
Je gagne environ 2 000 euros par mois en travaillant tous les jours.
Je ne suis pas à plaindre, il y a des gens qui n’ont pas
de boulot. C’est juste un rythme à prendre.»
Antoine
Gouedard-Comte