«Le hip hop c’est surtout de la performance, un art de vivre brut, rebelle et dérangeant.»

 

Rime dans la rame

Les quatre membres du groupe Harcèlement Textuel ramènent le rap à ses racines : le cœur de la cité. Les quais de métro sont leur scène de prédilection.

 
   
 

ls ne passent pas à la télévision. Ils n’ont pas leurs titres à Skyrock. Et ils ne donnent pas non plus d’interviews dans des chambres d’hôtel 4 étoiles. Non, les quatre membres d’Harcèlement Textuel font partie de cette dernière poignée d’irréductibles qui cultivent l’authenticité du hip hop. Cette culture est aujourd’hui au bord de l’asphyxie.

Certains artistes s’affichent plus souvent dans les magazines de mode qu’ils n’occupent les studios. Les médias et les majors imposent leurs diktats commerciaux à un public de moins en moins critique. Mais si vous habitez ou travaillez à Paris, vous aurez peut être l’occasion de croiser les deux MC Harlem et Brahi, accompagnés de la paire de DJ Nabil et Meexaa BB, 22 ans de moyenne d’âge. Où ça? Dans le métro, leur terrain de prédilection. «Trop de gens ont oublié qu’avant d’être une affaire de gros sous, le hip hop est une culture née dans la rue, explique Harlem. C’est avant tout la traduction d’un mode de vie urbain. Et quoi de plus urbain que le métro?»

Avec comme seuls accessoires deux postes cassettes et une banderole portant leur noms, le groupe occupe le plus souvent la station de RER Châtelet-les-Halles pendant la nuit, et met en place des free styles sessions. La mission qu’ils se sont fixés est de replacer le hip hop dans son contexte d’origine, lui redonner une identité et une fierté qui sont, d’après eux, un peu plus bafouées tous les jours sur les ondes.
«Aujourd’hui, les jeunes, le grand public et une grosse majorité des rappers ne savent rien de la culture hip hop, confie Brahi. Ils n’ont plus de repères historiques, techniques ou même artistiques. Aller jammer dans le métro devant des gens qui n’apprécient pas forcément notre style de musique est le moyen le plus direct de montrer que le hip hop, c’est surtout de la performance, un art de vivre brut, rebelle et dérangeant. D’où le nom d’Harcèlement Textuel»

La démarche est unique et a déjà porté ses fruits puisque d’autres initiés au rap participent à ces rencontres. Le poste passe de main en main à chaque nouvel orateur et fait office de microphone. Regroupés en cercle sur un quai, les participants de ces joutes verbales effrénées échangent des textes travaillés ou des improvisations. Le public y est plus souvent acteur que spectateur. «On est des MC (initiales qui signifient maître de cérémonie). On est là pour mettre l’ambiance. On n’impose pas notre show mais on le soumet au public. Si ça colle, il y a automatiquement de l’interactivité. Dans ces cas-là, on a réussi à toucher des gens», ajoute Brahi. Harcèlement Textuel se présente comme un retour aux sources du hip hop. L’avenir de cette culture se trouve peu être sous terre…

Matthieu Brelle-Andrade


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